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22 Octobre 2015
Qumrân
Qumrân est un site archéologique en Palestine en surplomb de la rive ouest de la mer Morte en Cisjordanie, sur la terre historique du royaume de Judée. Il est constitué de vestiges de bâtiments occupés approximativement entre -100 et +70, de 11 grottes dans lesquelles on a retrouvé, entre 1947 et 1956, les plus anciens manuscrits hébraïques actuellement répertoriés, connus sous le nom de manuscrits de la mer Morte, et d'un cimetière d'environ 1 200 tombes. L'établissement est construit sur les ruines d'un fortin israélite de l'âge du fer.
Les chercheurs considèrent généralement qu'au cours de son histoire, le site a pu être occupé par un groupe sectaire appartenant à la mouvance du mouvement essénien décrit par Flavius Josèphe et Pline l'Ancien.
Certains manuscrits retrouvés dans les grottes sont des copies de l'Écrit de Damas, retrouvé à la fin du xixe siècle dans lagueniza de la Synagogue Ben Ezra du Caire. Les manuscrits de la mer Morte ont été publiés entre 1950 et 2008 dans la collection Discoveries in the Judaean Desert.
Le site est visité dès le xixe siècle par des explorateurs et est alors parfois identifié à la Gomorrhe biblique. En 1947, la découverte de manuscrits anciens par des bédouins, dans des grottes situées à proximité, relance l'intérêt pour le site. Qumrânest le nom du site en arabe moderne. Certains historiens pensent que le nom ancien du site était Sokoka ou Ir hammelah, l'une des villes du désert mentionnée dans le livre de Josué (15,61).
Les archéologues ont d'abord pensé que le site était une forteresse hasmonéenne. Cependant la découverte des rouleaux a amené Roland de Vaux à l'interpréter comme la résidence d'une secte essénienne. Les archéologues reviennent peu à peu à l'idée d'une résidence hasmonéenne, celle-ci n’empêchant pas une occupation plus tardive par des esséniens et que ses occupants sont probablement les propriétaires d'une partie des manuscrits de la mer Morte. Pourtant cette théorie ne fait pas l'unanimité : pour certains chercheurs, les manuscrits, malgré leur proximité géographique avec le site, n'auraient pas de lien avec lui et proviendraient en fait de bibliothèques privées de Jérusalem ou de celle du Temple.
Selon André Paul de nombreux chercheurs s'affranchissent aujourd'hui de la thèse essénienne et « on commence à découvrir que ces précieux documents sont aussi des sources du judaïsme rabbinique ou classique [...dont] on perçoit sans mal les prémices dans la bibliothèque de Qumran : les modèles de la communauté idéale eux-mêmes supposent une existence loin du Sanctuaire central. Certains écrits font la théorie de l'éloignement du Temple centralisateur, voire de l'absence de celui-ci, cherchant même à instaurer des supplétifs symboliques ou sublimés. D'où l'importance particulière attribuée à la Loi [...]. Sans le savoir, ne préparait-on pas également à Qumran l'heure où il n'y aurait plus de Temple, celle du régime du tout-Torah ».
Selon André Lemaire, la bibliothèque de Qumran doit être interprétée comme une « beth midrash » (salle d'études) d'une école talmudique essénienne.
Les manuscrits de la mer Morte
Localisation de Qumrân, d'Engaddi, de Massada, duNahal Hever (grottes), de Murabba'at (grotte), de Jéricho, où des manuscrits de la même époque ont été trouvés, parfois dans des grottes.
En 1948, avant même la découverte des premières grottes à manuscrits, le professeur Eleazar Sukenik a été le premier à proposer d'identifier les auteurs des sept premiers rouleaux (achetés à des bédouins) avec les Esséniens mentionnés dans la littérature ancienne. Après la découverte aux alentours de Khirbet Qumran des cinq premières grottes (sur 11), le père Roland de Vaux attribua en 1952ces écrits aux habitants du site, qu'il voyait comme une communauté retirée, avec un scriptorium où auraient été édités les manuscrits de la mer Morte.
« Roland de Vaux et d'autres avec lui s'efforcèrent de montrer que l'établissement de Qumrân abritait une « communauté » d'ascètes qui s'adonnaient à des bains rituels fréquents, à la prière et aux repas en commun, à l'étude des livres saints et à l'écriture. En bon religieux, il identifia même un scriptorium — ce qui relève de l'équipement monastique médiéval »
Cette vision, relayée avec brio et érudition par André Dupont-Sommer, a eu un immense succès et n'a commencé à être sérieusement contestée que dans les années 1990, lorsque diverses actions des spécialistes du sujet leur ont enfin permis d'accéder aux textes de l'ensemble des manuscrits. Depuis, aucun lien n'a pu être établi entre le site de Qumrân et les manuscrits. Aujourd'hui, la majeure partie des chercheurs s'interrogent sur la nature de ce lien, voire sur son existence, à part la proximité de certaines grottes9.
Avec la découverte des Manuscrits de la mer Morte en 1947-1956 dans onze grottes situées aux alentours des ruines, près de 900 manuscritsont été reconstitués à partir de plusieurs dizaines de milliers de fragments. La plupart ont été écrits sur parchemin et une centaine sur papyrus. Un peu moins de 15 % sont écrits en araméen, la langue courante du pays depuis l'occupation perse L'immense majorité est en hébreu, la langue littéraire et doctrinale que l'on disait « sainte ». Certains des manuscrits sont en grec, l'idiome de la diaspora hellénique. Certains des textes hébraïques ont une écriture cryptée qui a été décodée. À l'exception d'une douzaine, les 900 rouleaux (ou fragments de rouleaux) ont été copiés par des scribes différents.
Quart sud-ouest du bâtiment principal (locus 1, 2 et 4)
Bibliographie
Laurent Héricher, Michaël Langlois et Estelle Villeneuve, Qumrân. les secrets des manuscrits de la mer Morte, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2010, 180 p.
Jean-Baptiste Humbert et Estelle Villeneuve, L'affaire Qumrân : les découvertes de la mer Morte, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard » (no 498), 2006, 127 p.
Bruno Bioul et al., Qumrân et les manuscrits de la Mer morte : les hypothèses, le débat, Paris, Éditions François-Xavier de Guibert, 2004, 309 p.
Jodi Magness et Patrice Ghirardi, Que sait-on de Qumrân ? [« The archaeology of Qumran and the Dead Sea scrolls »], Paris, Bayard, 2003, 341 p.
Ernest-Marie Laperrousaz, Qoumrân : l'établissement essénien des bords de la Mer Morte, Histoire et archéologie du site, Paris, Picard,
Ernest-Marie Laperrousaz, Les Esséniens selon leur témoignage direct, Paris, Desclée, 1982, 119 p.
Ernest-Marie Laperrousaz, Qoumrân et ses manuscrits de la mer Morte : quelques problèmes fondamentaux, Paris, Non Lieu, 2006, 119 p.
André Paul, Jésus-Christ, la rupture : essai sur la naissance du christianisme, Paris, Bayard, 2001, 279 p.
(it)La Biblioteca di Qumran primo volume, Torah-Genesi, edizione italiana a cura di Giovanni Ibba, EDB, 2013