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21 Juin 2018

Eric H. Cline, 1177 av. J.-C. Le jour où la civilisation s'est effondrée, Paris, La Découverte, 2015, 300 p., ISBN : 9782707185938. Eric H. Cline, historien, archéologue et anthropologue américain, propose ici une exploration des différentes cultures du bassin méditerranéen de l’âge du bronze, en s’interrogeant en particulier sur la raison de leur rapide effondrement vers la fin du premier millénaire avant Jésus-Christ. Que se passe-t-il lorsque, dans un monde déjà interconnecté, les empires s’écroulent les uns après les autres ?
L’auteur, dès la préface et l’introduction, pose clairement la question inscrite au cœur de son enquête : pourquoi des civilisations vieilles de plusieurs centaines d’années, organisées dans des empires stables et puissants, se sont-elles rapidement effondrées ? Quels facteurs faut-il incriminer ? La réponse à la question s’articule en quatre chapitres, allant duxive siècle au xiie siècle avant notre ère. D’emblée, l’auteur s’attache à présenter le monde dans lequel on s’inscrit : si certaines civilisations sont relativement bien connues des lecteurs contemporains, comme l’Égypte du Nouvel Empire, d’autres le sont moins, et l’empire hittite, la Crète, la Grèce de Mycènes, sont ici fort bien présentées, au fil des sources. L’auteur part systématiquement d’une découverte archéologique – une épave, des lettres, une tablette d’argent – pour ensuite présenter la civilisation qui est à son origine. Ou plutôt les civilisations, car c’est le leitmotiv du livre : le monde de l’âge du bronze tardif était un monde « globalisé », autrement dit densément connecté. Les différentes civilisations étaient liées par le commerce, la guerre, la diplomatie. L’auteur sait, en particulier dans les deux premiers chapitres, faire voir ces liens qui unissaient les différentes régions : des tablettes hittites mentionnent l’emploi de mercenaires grecs, des fresques égyptiennes représentent des marchands asiatiques, une épave transporte des marchandises venues de l’ensemble du monde méditerranéen.
Et ce monde disparaît soudainement, relativement rapidement, au tournant du xiie siècle avant J.-C. De très nombreuses explications ont été avancées pour comprendre cet effondrement, les hypothèses proposées allant d’invasions par des peuples extérieurs à un changement climatique rapide en passant par une série de catastrophes naturelles de grande ampleur. Comme le note E. Cline, aucune de ces explications n’est pleinement satisfaisante. C’est en fait dans ces liens multiples et entrelacés que se cache la réponse à la question : chaque civilisation dépendait des autres, pour son approvisionnement en nourriture (l’empire hittite importait du blé d’Égypte) ou en matières premières (l’étain nécessaire à la fabrication du bronze venait d’Afghanistan). Bref, ce monde formait un système, interconnecté, interdépendant, alimenté par un dense réseau. Les crises traversées par ces formations politiques se sont donc nourries les unes des autres, leurs effets se sont cumulés, et, quand les routes commerciales se sont effondrées, c’est l’ensemble de ce monde global qui a suivi.