Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
UNE MINUTE... POUR REFLECHIR....

ARTICLES SUR LA BIBLE, LA LITURGIE, LA VIE DE L'EGLISE ET BIEN D'AUTRES CHOSE ENCORE.... http://amzn.to/2AlTFG

La femme pauvre de Léon Bloy

La Femme pauvre: épisode contemporain

Léon Bloy

Rennes, Editions La Part Commune, 2016. 441 pages.

 

 

Ce roman écrit à la fin du 19ème siècle (en 1887) décrit la vie de Clothilde Maréchal, jeune femme, née dans la misère ouvrière du Second Empire, mais inspirée par sa foi chrétienne. Maltraitée par sa mère et par celui qui se dit son père, elle trouve refuge auprès du peintre Cagougnol qui pour un temps la sort de la misère. Chez lui elle rencontre des artistes, des écrivains (les noms sont sous une forme déguisée les contemporains de l’auteur). Elle y fait notamment la rencontre de Marchenoir, le double de Léon Bloy.

A sa mort elle se retrouve une nouvelle fois sans ressources. Elle retrouve un sort plus doux grâce Léopold, un enlumineur, qu’elle épouse mais dont la cécité privera le couple de toute ressource. Ce dernier meurt dans des circonstances obscures. Clothilde toucha le fond de la misère et de la souffrance et meurt avec une auréole de sainteté...

Ce roman revisite un vieux thème chrétien qui consiste à faire de la pauvreté une voie vers la rédemption. Il n’est que le prétexte pour l’auteur pour faire de longs développements sur la religion, sur l’hypocrisie des bourgeois, sur le clergé de son siècle. Roman tout empreint de mysticisme et dévotion à la Vierge Marie (avec notamment le récit d’un pèlerinage à La Salette), à la fois roman et pamphlet tel est cet ouvrage qui fait suite au Désespéré : en effet s’il dépeint la misère de cette fin du XIXè siècle, il s’en distingue nettement de ceux d’un Victor Hugo et d’un Emile Zola.

 

Ce grand roman est traversé par la poésie insufflée par la fougue de l’auteur, dominé par l'image du feu dans lequel meurt Léopold, se veut un hymne à la femme, identifiée au thème chrétien de la pauvreté ; que l’on songe à « Dame Pauvreté » chantée par Saint François d’Assise. Clotilde, l'héroïne de La femme pauvre, parvient à la lumière lorsque, dépouillée de tout, elle est dans la plus totale solitude et la misère absolue. Ayant dépassée toute forme de tristesse et de tout malheur humain, elle accède alors à l'univers spirituel «et sa continuelle prière est une torche secouée contre les puissants...».Les derniers mots « Il n’y qu’une tristesse, c’est de N’ETRE PAS DES SAINTS… » comme en écho aux premiers mots du livre : « Ça pue le bon Dieu ici ! »

 

 

Deux extraits de La femme pauvre :

 

« Les femmes sont universellement persuadées que tout leur est dû. Cette croyance est dans leur nature comme le triangle est inscrit dans la circonférence qu’il détermine. Belle ou laide, esclave ou impératrice, chacune ayant le droit de se supposer la FEMME, nulle n’échappe à cet instinct merveilleux de conservation du sceptre dont la Titulaire est toujours attendue par le genre humain.

« L’affreux cuistre Schopenhauer, qui passa sa vie à observer l’horizon du fond d’un puits, était certes bien incapable de soupçonner l’origine surnaturelle du sentiment dominateur qui précipite les hommes les plus forts sous les pieds des femmes, et la chiennerie contemporaine a glorifié sans hésitation ce blasphémateur de l’Amour.

« De l’Amour, assurément, car la femme ne peut pas être ni se croire autre chose que l’Amour lui-même, et le Paradis terrestre, cherché depuis tant de siècles, par les dons Juans de tous les niveaux, est sa prodigieuse Image.

« Il n’y a donc pour la femme, créature temporairement, provisoirement inférieure, que deux aspects, deux modalités essentielles dont il est indispensable que l’Infini s’accommode : la Béatitude ou la Volupté. Entre les deux, il n’y a que l’Honnête Femme, c’est-à-dire la femelle du Bourgeois, réprouvé absolu qu’aucun holocauste ne rédime.

« Une sainte peut tomber dans la boue et une prostituée monter dans la lumière, mais jamais ni l’une ni l’autre ne pourra devenir une honnête femme, – parce que l’effrayante vache aride qu’on appelle une honnête femme, et qui refusa naguère l’hospitalité de Bethléem à l’Enfant Dieu, est dans une impuissance éternelle de s’évader de son néant par la chute ou par l’ascension.

« Mais toutes ont un point commun, c’est la préconception assurée de leur dignité de dispensatrices de la Joie. Causa nostræ lætitiæ ! Janua coeli ! Dieu seul peut savoir de quelle façon, parfois, ces formes sacrées s’amalgament à la méditation des plus pures et ce que leur mystérieuse physiologie leur suggère !…

« Toutes – qu’elles le sachent ou qu’elles l’ignorent, – sont persuadées que leur corps est le Paradis. Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis a principio : in quo posuit hominem quem formaverat. Par conséquent, nulle prière, nulle pénitence, nul martyre n’ont une suffisante efficacité d’impétration pour obtenir cet inestimable joyau que le poids en diamants des nébuleuses ne pourrait payer.

« Jugez de ce qu’elles donnent quand elles se donnent et mesurez leur sacrilège quand elles se vendent !

« Or voici la conclusion tirée des Prophètes. La femme a RAISON de croire tout cela et de prétendre tout cela. Elle a infiniment raison, puisque son corps, – cette partie de son corps ! – fut le tabernacle du Dieu vivant et que nul, pas même un archange, ne peut assigner des bornes à la solidarité de ce confondant mystère ! (partie I, chapitre 20)

 

 

– Laissez-moi donc tranquille ! criait-il à Clotilde qui ne le tourmentait guère pourtant, il n’y a que deux philosophies, si on tient absolument à ce mot ignoble la spéculative chrétienne, c’est-à-dire la théologie du Pape, et la torcheculative. L’une pour le midi, l’autre pour le nord. Voulez-vous que je vous fasse en deux mots cette histoire de dégoûtation ? Avant votre Luther, on n’était pas déjà trop brillant dans le monde germanique. Quand je dis votre, j’entends le Luther de cette nation crapuleuse. C’était une ingouvernable pétaudière de cinq ou six cents États dont chacun représentait un grouillis de caboches obscures, imperméables à la lumière, dont les descendants ne peuvent être orientés ou disciplinés qu’à coups de trique. L’autorité spirituelle était là-dessus comme l’abeille sur le fumier. Luther eut cet avantage suprême d’être le Salaud attendu par les patriarches de la gueuserie septentrionale. Il incarnait à ravir la bestialité, l’inintelligence des choses profondes et le croupissant orgueil de tous les buveurs de pissat de vache. Il fut adoré, naturellement, et tout le nord de l’Europe s’empressa d’oublier la Mère Église pour aller dans les fientes de ce marcassin. Le mouvement continue depuis bientôt quatre siècles et la philosophie allemande, exactement qualifiée par moi tout à l’heure, est la plus copieuse ordure tombée du protestantisme. Ça se nomme l’esprit d’examen, ça s’attrape avant de naître, aussi bien que la syphilis, et il se trouve de petits français assez engendrés au-dessous des dépotoirs pour écrire que c’est tout à fait supérieur à l’intuition de notre génie national. (partie I, chapitre 22)

 

 



L’auteur

 

Léon Bloy (1846-1917) est pamphlétaire et romancier français.

Son père était un franc-maçon voltairien et sa mère une catholique dévote. Bloy fut retiré de l’école assez tôt en raison de son indiscipline. Son père, exaspéré, le vouait à une carrière de petit fonctionnaire. Mais le jeune Bloy s'intéressait à la peinture, au dessin et à l'écriture en autodidacte.

En 1867, venu à Paris, il fit la rencontre – décisive – de l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly, qui allait devenir son maître et ami. C'est d'ailleurs sous son influence qu'il se convertit au catholicisme en 1869. C'est aussi grâce à Jules, qui réunissait chez lui le dimanche des auteurs débutants, que Bloy fit la connaissance de Paul Bourget, François Coppée, Joris-Karl Huysmans et Jean Richepin.

Après sa conversion, Bloy se plongea dans les œuvres de Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Ernest Hello et Blanc de Saint-Bonnet, qui l'orientèrent en religion vers un catholicisme ardent, en politique vers l'option monarchiste, en lettres vers le pamphlet.

À trente-huit ans, Bloy écrivit son premier livre, "Le Révélateur du Globe", mais son génie d’écrivain ne se manifesta vraiment qu’avec "Le Désespéré", roman en partie autobiographique, qui passa presque inaperçu lors de sa parution en 1886.

Après plusieurs histoires tumultueuses et tragiques avec les femmes, Bloy se maria en 1890 avec Jeanne Molbech, fille du poète danois Christian Molbech. De cette union naquirent trois enfants: Véronique, Madeleine et André, qui mourut en bas âge.

C'est véritablement avec la parution du "Salut par les Juifs" en 1892 que le style de Bloy se révéla dans toute sa splendeur. En 1898, il édita la première partie de son "Journal". Elle sera suivie par d'autres parties.

Plusieurs écrivains et penseurs aux XIXe et XXe siècles ont puisé leur inspiration chez Bloy. Parmi ses héritiers spirituels directs, on compte Jacques et Raïssa Maritain, Georges Bernanos, Pierre Emmanuel, Stanislas Fumet et le géologue Pierre Termier.

 

Source : agora.qc.ca

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article